
En manchette…
Un cas sans précédent au Conseil de la magistrature
Richard Hénault
Le Soleil
Le mardi 26 novembre 2002
Le cas du juge municipal Claude Fortin est sans précédent
en matière disciplinaire au Conseil de la magistrature.
D'autres juges ont déjà été accusés
de conduite avec les facultés affaiblies, mais ils
ont plaidé coupable et les tribunaux n'ont donc pas
qualifié leurs explications d'invraisemblables et de
déraisonnables comme ils l'ont fait pour le juge Fortin.
Normalement, d'après la jurisprudence, une seule infraction
pour conduite avec les facultés affaiblies entraîne
une réprimande au juge concerné. Compte tenu
qu'en plus, la crédibilité du juge Fortin a
été sévèrement critiquée,
tant par le juge de la Cour du Québec que par les trois
juges de la Cour d'appel, le procureur du comité de
discipline du Conseil de la magistrature, Me Michel Jolin,
a invité hier ses cinq membres à envisager l'éventualité
de recommander une destitution.
Évidemment, l'avocat du juge, Me Louis Masson, n'abondait
pas du tout dans le même sens. S'abstenant de commenter
les jugements de droit pénal rendus dans le dossier
du juge Fortin, son avocat a reconnu que les circonstances
commandent l'imposition d'une sanction, mais sans atteindre
le seuil proposé par Me Jolin. Une réprimande
serait déjà une sanction très grave,
estime Me Masson.
L'avocat du comité de discipline présidé
par le juge Jacques Lachapelle a ajouté que le juge
Fortin n'a exprimé aucun regret. Ceci n'est toutefois
guère surprenant car le magistrat municipal avait révélé
quelques minutes plus tôt qu'il a mandaté un
avocat pour porter sa cause en Cour suprême. Au cours
de son témoignage, le juge Fortin s'est abstenu lui
aussi de commenter les jugements de la Cour du Québec
et de la Cour d'appel qui l'ont déclaré coupable
de conduite avec les facultés affaiblies par l'alcool.
Brossant un tableau de sa carrière, l'intimé
de 58 ans a déclaré qu'en 34 ans comme avocat
et 14 ans comme juge municipal, il n'a jamais fait l'objet
d'une seule plainte autre que celle à laquelle il fait
présentement face. Aussi membre du Tribunal des droits
de la personne de 1993 à 1998, le juge Fortin n'entend
plus de cause de conduite avec facultés affaiblies
depuis qu'il en a lui-même été accusé,
en 1998.
Suivant son témoignage, la plainte déontologique
au Conseil de la magistrature a été déposée
par Fernand Paré, de Saint-Romuald, neuf jours après
qu'il l'eut déclaré coupable d'une infraction
au Code de la sécurité routière. Le policier
qui a procédé à l'interception rapportait
que M. Paré l'avait menacé de le " poursuivre
en déontologie ".
Témoignant un peu plus tôt, M. Paré,
qui se pose en représentant de la population, a insisté
sur le manque de jugement du magistrat municipal, qui "
ridiculise la justice ". Bonne nouvelle d'autre part
pour le juge Fortin, la Cour supérieure a déclaré
vendredi que le ministre de la Justice n'était pas
justifié de résilier le contrat de services
de ses procureurs à la suite du jugement de la Cour
d'appel. Aussi le tribunal recommande-t-il au procureur général
d'assumer les honoraires pour sa défense.